MARINALEDA

Un exemple de village coopératif auto organisé en Espagne

Depuis 1979, le village de Marinaleda en Andalousie, rassemblant aujourd’hui près de 3.000 habitants, fonctionne en démocratie directe avec la participation de l’ensemble des habitants aux décisions collectives.
En 1970, après la mort de Franco, l’Espagne était dans une situation économique difficile. Au coeur de l’Andalousie, le niveau de chômage était de 60% et la misère poussait les habitants, paysans sans terre, à l’émigration. Pourtant des milliers d’hectares restaient en friche sur l’immense domaine d’un grand propriétaire local. Inspiré par le Che Guevara, Sánchez Gordillo, communiste libertaire devenu maire du village, réélu depuis 1999, a alors engagé une grève de la faim « contre la faim » et organisé un mouvement d’occupation illégale des terres. Cette occupation a duré près de 10 ans, jusqu’à ce que le gouvernement régional se saisisse des 1.200 hectares occupés et les remette au village en 1991.
Une coopérative agricole a alors été constituée. Les cultures qui employaient le plus de main d’oeuvre ont été choisies : olives, brocolis, poivrons, fèves, haricots… Une coopérative de transformation a été créée pour presser les olives et mettre les légumes en conserve en vue de les commercialiser.
Pour que chacun ait un toit, des logements ont été construits par les villageois sur des terrains attribués par la commune, avec l’aide d’un financement public andalou. Ces logements appartiennent ensuite au village et sont loués pour 15 euros par mois aux habitants.
Aujourd’hui, dans la coopérative, les bénéfices ne sont pas distribués entre les membres. Tout est réinvesti pour créer plus d’emplois. Le salaire est fixé à 1.200 euros mensuels pour tous. La crèche municipale est presque gratuite. Dans ce village coopératif, les décisions sont prises en assemblée où sont invités tous les habitants, sans discrimination. Réunis en assemblée générale, les “cooperativistas” font fonctionner le village aux côtés des petits commerçants, seuls représentants des entreprises privées.
Depuis la crise économique de 2007, à travers le SAT, « Syndicat Andalou des Travailleurs » créé par le maire Sánchez Gordillo, plusieurs actions de désobéissance civile ont été organisées pour lutter contre la paupérisation : occupations de terres en friche sur des terrains publics appartenant à l’armée, réquisition de produits alimentaires dans les supermarchés pour les redistribuer aux plus nécessiteux, marche appelant les maires espagnols à refuser de payer les dettes communales… A l’image de Marinaleda, un nouveau village coopératif s’organise aujourd’hui sur des terres occupées, permettant à des jeunes, sans emploi ni ressources, de vivre du travail de la terre comme leurs parents le faisaient.
Les sanctions contre ces actions se font de plus en plus sévères, mais l’expérience de Marinaleda fait écho dans les esprits des populations précarisées en Espagne. Elle a aussi une renommée assurée dans les pays d’Amérique latine, à Cuba comme au Venezuela.
Précisons cependant que Marinaleda ne répond pas totalement à nos objectifs. Sur le plan écologique, un plan d’autonomie énergétique par le solaire et l’éolien a été mis en place et l’agriculture biologique est développée dans les jardins attribués aux retraités. Mais les habitants ont fait des compromis que nous ne soutenons pas, cultivant des OGM, utilisant des pesticides et irriguant les terres avec des méthodes peu économes en eau.
Ceci étant, cette expérience andalouse nous semble pouvoir être une source d’inspiration motivante, montrant que ce type d’initiative peut aussi voir le jour et se développer dans le contexte des pays européens.