VILLES en TRANSITION et COLIBRIS

S’inscrire dans le mouvement de transition

En Europe, au delà de la référence à Marinaleda, notre projet pourrait constituer un prolongement du mouvement des villes en transition lancé par Rob Hopkins en Angleterre, et du mouvement des Colibris lancé par Pierre Rabhi en France.
Le mouvement des villes en transition se donne comme principal objectif de stimuler et soutenir la créativité collective en vue d’augmenter la résilience des territoires, c’est à dire leur capacité à traverser des chocs économiques et sociaux prévisibles liés à la fin imminente du pétrole bon marché. Les alternatives permettant d’augmenter la résilience d’un territoire sont les mêmes que celles qui permettent de lutter contre le dérèglement climatique. Elles peuvent nous permettre de construire de nouvelles manières de vivre, plus justes et plus heureuses que celles qui prévalent aujourd’hui. Le développement de la résilience est donc une manière de transformer la peur de la pénurie et du chaos, en une énergie constructive au service de tous, dans une perspective écologique positive. Concrètement, il s’agit d’organiser le monde de l’après pétrole, à travers le développement d’alternatives locales dans tous les territoires. Dans cette perspective, le mouvement des villes en transition est stimulateur d’une multitude d’initiatives concernant les énergies renouvelables, l’agriculture urbaine, l’agroécologie, les circuits courts, la relocalisation de l’économie…
Parallèlement, le mouvement des Colibris a un plan similaire, qui entre en résonance avec nos propres projets : reprendre le pouvoir sur l’économie, l’agriculture, l’énergie, l’éducation, la démocratie. « C’est la (R)évolution des Colibris ».
Comme dans le conte du colibri, cher à Pierre Rabhi, chacun est invité à prendre sa part « pour éteindre l’incendie », dans la mesure de ses moyens, sans se laisser démobiliser par l’ampleur de la tâche à accomplir. Cinq axes d’engagement sont proposés, avec des actions concrètes possibles à mettre en oeuvre par tous :
• Localiser l’économie : Acheter local, bio et responsable, changer de banque, créer des monnaies locales, soutenir les engagements éco-citoyens des acteurs économiques de son secteur…
• Planter ce que nous mangeons : Manger bio, local et de saison, partager d’Incroyables Comestibles, cultiver son jardin agroécologique, créer des circuits courts, investir dans l’installation de paysans…
• Révolutionner l’éducation : Replacer les enfants au cœur du dispositif d’apprentissage, engager les parents dans le processus, apporter les outils pédagogiques adéquats aux enseignants…
• Réinventer la démocratie : Devenir candidat à l’action individuelle et collective, découvrir des modes de gouvernance novateurs…
• (R)évolutionner l’énergie : Changer de fournisseur d’électricité, éco-construire, réduire sa consommation de viande, investir son épargne dans la transition énergétique, initier un plan de descente énergétique local…

Reprenant une précédente initiative de Pierre Rabhi, les Colibris invitent aussi à créer des Oasis en tout lieu.
« Dans un contexte de crise systémique globale (humaine, économique, écologique et politique), il parait essentiel d’encourager la création de nouveaux espaces de vie capables de répondre aux besoins humains de nos sociétés contemporaines.
Dans un système qui prive les communautés humaines du pouvoir de subvenir à leurs besoins par leurs propres moyens, des propositions sont à bâtir dans le sens d’une autonomie retrouvée. A la campagne comme en ville, des solutions existent et d’autres émergent qui sont autant de ressources et d’inspiration pour bâtir de nouvelles oasis de vie où chacun pourra trouver la réponse à ses propres besoins et plus largement contribuer à répondre aux besoins de son territoire.
Une oasis peut se trouver en milieu rural ou urbain : éco-habitat partagé, éco-hameau, éco-quartier, éco-village, commune engagée dans une transition, monastère ayant une démarche écologique… Autant de formes différentes qui répondent aux mêmes besoins et que le mouvement des Colibris souhaite promouvoir.
L’exemple est le plus puissant moteur du changement et le développement du nombre d’oasis sera le catalyseur d’une société basée sur des valeurs humanistes et écologiques.  »
Le mouvement des villes en transition et celui des Colibris soutiennent la prise en main par les citoyens, sur leurs territoires, du processus de transformation nécessaire. En lien avec les élus, les institutions et les entreprises, ils se donnent pour objectif de développer les ressources locales en vue de pouvoir rompre avec les dépendances individuelles et collectives à l’égard de notre modèle de production et de consommation actuel.
Cela rejoint bien les objectifs que nous souhaitons donner à notre projet. Nous souhaitons donc clairement nous inscrire dans cette démarche de transition, entre le fonctionnement d’hier, qui domine encore notre présent, et le fonctionnement de demain, que nous espérons et mettons humblement en oeuvre, mais qui n’existe pas encore.
Pour autant, qu’il s’agisse des villes en transition ou des Colibris, la volonté affirmée est de mobiliser toutes les énergies, qu’elles soient citoyennes, institutionnelles ou économiques, sans conflictualiser les enjeux. Il s’agit de se centrer sur les initiatives positives et constructives, en évitant la critique ouverte du modèle économique et social actuel, autant que les logiques contestataires, de résistance, de pression ou de confrontation.
La volonté consensuelle de ces mouvements est heureuse, sachant que les problèmes en question concernent tout le monde, sans exception. L’engagement du plus grand nombre est évidemment souhaité pour trouver des solutions favorables à tous. Mais cette option ne doit pas être, selon nous, exclusive d’une approche plus politique, où la logique dévastatrice de la course au profit est dénoncée et combattue, et où les résistances et les mouvements de pression puissent s’affirmer, au delà de la mise en oeuvre des alternatives.
Pour illustrer cette nécessaire complémentarité d’action, nous pouvons prendre comme exemple en France, la question des OGM en rapport avec le développement de l’agriculture biologique. La promotion de l’agriculture biologique auprès de tous les acteurs sociaux, économiques et politiques est une orientation constructive essentielle qui gagne progressivement du terrain. Il serait pourtant bien illusoire de croire que cela puisse suffire pour empêcher l’entrée des OGM en France. Or le développement des OGM, fortement souhaité par les multinationales, anéantirait tous les efforts engagés pour développer l’agriculture biologique. Le fauchage des OGM est donc tout aussi indispensable, étant le seul moyen qui jusqu’à présent a su faire barrage à leur entrée massive sur le territoire français. Il est même important qu’il soit soutenu par les organisations qui font la promotion positive de l’agriculture biologique. C’est une question de cohérence et d’efficacité. Notons à ce sujet qu’en 2014, le réseau BIOCOOP a choisi de soutenir ouvertement les faucheurs volontaires en vendant des chips au bénéfice du comité de soutien des faucheurs, sans que cela lui ait porté préjudice, bien au contraire.
Il nous semble donc important d’affirmer la complémentarité entre, d’une part, la construction des alternatives et l’interpellation constructive des consciences, des citoyens et des élus, et d’autre part, l’engagement combatif de résistance, de protestation et de pression quand cela est nécessaire.
La non-violence, incluant la désobéissance civique chère à José Bové, nous semble être le cadre d’action permettant cette synergie, sans qu’une de ces orientations ne s’oppose ou ne porte préjudice à l’autre.
A l’image des mouvements indiens, sri lankais, kurdes, brésiliens, ou de Marinaleda en Espagne, notre objectif est donc de nous engager dans le mouvement de transition existant, en lui ajoutant une dimension alternative plus politique et combative, faisant clairement rupture avec le modèle économique et social dominant.