COMMUNALISME KURDE

Le confédéralisme démocratique kurde fondé sur l’auto-gouvernance des villages

S’inspirant des écrits sur l’écologie sociale et libertaire de Murray Bookchin aux USA, et de l’expérience des villages Zapatistes au Mexique, le mouvement pour la liberté au Kurdistan soutient, depuis 2007, la création d’assemblées démocratiques locales dans toutes les villes et les villages kurdes. Il s’agit d’un système d’organisation en démocratie directe, parallèle aux institutions, où les habitants des quartiers ou des villages qui le souhaitent prennent toutes les décisions qui les concernent. Cette orientation s’inscrit dans un projet de confédéralisme démocratique étendu à l’ensemble du Kurdistan découpé entre quatre États : Turquie, Iran, Irak et Syrie. Cette orientation a été pensée par ses promoteurs comme une alternative politique et démocratique à la guérilla menée par le PKK (parti indépendantiste Kurde) depuis 1984.

Le confédéralisme démocratique kurde est né d’une réflexion critique menée par l’un des principaux dirigeants du PKK, condamné à un emprisonnement à perpétuité. Il a dénoncé les dérives autoritaires et nationalistes de son parti et a proposé des alternatives pour rompre avec son organisation paramilitaire. Depuis, le mouvement de libération kurde considère qu’il est plus important d’avoir une société démocratique, sociale et tolérante que d’avoir son propre État. Et cette société doit être construite par la base, au sein de communautés de quartier ou de village.

Le mouvement de libération kurde s’est alors donné comme objectif de permettre au peuple kurde d’accéder à une autonomie directe par la prise en main de son devenir au niveau local. Parallèlement, il a choisi de faire valoir ses droits en agissant sur les institutions politiques officielles, au niveau des communes et des provinces et au niveau des gouvernements nationaux, en Turquie notamment.

En 2010, l’un des objectifs définis par le mouvement confédéral démocratique kurde a été la fondation de villages de paix, associant le mode d’organisation démocratique des assemblées locales aux autres orientations essentielles pour le mouvement. Ces villages de paix sont démocratiques, écologiques, et mettent en pratique l’égalité homme/femme. La paix ne se réfère pas seulement à la question du conflit armé, elle concerne les relations qui lient chaque habitant aux autres et à la nature. Les coopératives sont les bases matérielles et économiques de ces villages. En terme d’énergie, ces communautés villageoises ont pour objectif de se suffire autant que possible à elles-mêmes.

Dans la province d’Hakkari, qui se situe aux frontières irakienne et iranienne, plusieurs villages ont décidé de mettre en place une économie coopérative. Près de la ville de Weranshah, un village de 70 foyers a été fondé sur l’idée de village de paix. Dans la province de Van, les habitants ont décidé de construire un village économique de femmes dans le but de renforcer concrètement le rôle des femmes dans la société. Les femmes qui ont été victimes de violences conjugales pourront s’y installer.

Depuis 2007, l’influence du mouvement confédéral et démocratique kurde a été grandissante. Lors des élections nationales turques de juin 2015, le Parti Démocratique des Peuples issu du mouvement a obtenu près de 13 % des voix sur l’ensemble de la Turquie. Bien au delà de la communauté kurde, il commençait à représenter un fort espoir pour tous les mouvements progressistes du Proche Orient.

Malheureusement, un tel succès n’a pas été au goût du gouvernement turc. En novembre 2015, de nouvelles élections ont redonné les pleins pouvoirs au président Erdogan et la  répression militaire s’est abattue sur le peuple kurde. Pris entre le feu turc et celui de Daesh en Syrie, le PKK est reparti en guerre.

Dans ce nouveau contexte de chaos meurtrier, difficile de dire ce qu’il reste de l’élan communaliste. Pour autant, nous saluons ce qui a été réalisé par le mouvement confédéral démocratique kurde. Par lui, le peuple kurde a su mettre en oeuvre un système d’organisation citoyenne innovant qui nous semble pouvoir être une source d’inspiration pour penser le mouvement de transformation sociale globale auquel nous aspirons.