COMMUNAUTES PAYSANNES au BRESIL

Les « assentamentos » du Mouvement des Sans Terre

Issus des communautés de base promues par la théologie de la libération, le mouvement des sans terre au Brésil s’est mobilisé pour la défense des petits paysans laissés pour compte suite à l’industrialisation massive de l’agriculture à la fin des années 1970, sous la dictature militaire.
Depuis les années 1980, le MST mène d’importantes actions d’occupations non-violentes des terres non cultivées pour y installer les paysans et leurs familles. Il réclame une réforme agraire et la reconnaissance des droits des paysans à la terre, au logement, à l’éducation, à la santé… Sur l’ensemble du Brésil, malgré la répression et les nombreux paysans assassinés, le Mouvement des Sans Terre a pris une ampleur considérable. Aujourd’hui, grâce à son action, 350.000 familles vivent dans des villages, appelés « assentamentos », installés sur des terres réquisitionnées puis légalisées suite aux réformes agraires obtenues. 80.000 autres familles paysannes sont encore sur des campements illégaux.
Une des actions spécifiques du Mouvement des Sans Terre est le développement de nombreuses coopératives permettant aux paysans de travailler, de cultiver et de vendre leurs produits. Plusieurs « assentamentos » ont mis en oeuvre des coopératives permettant de gérer collectivement les terres et l’ensemble des besoins du village. Les écoles sont gérées par les villageois et les assemblées coopératives sont des lieux de décision collective autant que de gestion des conflits entre les habitants.
Dans un contexte économique favorisant l’agro-industrie, l’organisation coopérative, avec la mutualisation des biens et des revenus, représente un atout essentiel pour permettre la survie des paysans et la pérennité des villages communautaires.
Malgré la mauvaise réputation de leurs actions de désobéissance et de non respect de la propriété privée, le Mouvement des Sans Terre est devenu une force sociale et politique incontournable au Brésil. Le président Lula, sympathisant du MST bien qu’engagé dans le libre échange, l’industrialisation de l’agriculture et le développement des OGM, a été poussé par le MST à mettre en oeuvre au moins une partie de ses promesses en faveur des petits paysans. Comme les paysans du Karnataka en Inde, le MST est engagé dans Via Campesina et le mouvement altermondialiste. Il organise des fauchages d’OGM, et s’oppose aux accords de libre échange qui s’imposent en Amérique du Sud. Le Mouvement des Sans Terre, puisant sa force dans son action concrète de réappropriation des terres et d’auto organisation villageoise, est devenu capable d’influencer les décisions gouvernementales et de se positionner de manière significative au niveau international.