L’ECOLOGIE en INDE

Navdanya et Vandana Shiva

En Inde, la non-violence et la désobéissance civile au service de l’écologie et de la défense des petits paysans sont incarnées par Vandana Shiva. Sa lutte en a fait un symbole médiatique connu sur tous les continents, y compris dans les pays industrialisés.
Dans la lignée des luttes et de la philosophie gandhienne, elle a grandi dans une famille où la détermination non-violente, l’engagement pour la transformation sociale, et le lien avec la nature mère sont des repères de génération en génération. Elle a engagé sa vie au plus près des paysans, des villageois et des femmes en lutte pour une vie digne et juste. Elle a choisi de faire face aux projets dévastateurs de la révolution verte, aux projets de grands barrages et de s’opposer au libre échange. Vandana Shiva est ainsi devenue l’une des chefs de file des activistes écologistes de terrain en Inde, et des altermondialistes au niveau mondial.
Les multinationales européennes et américaines voulaient interdire l’usage par les paysans des graines traditionnelles, reproduites d’année en année depuis des millénaires. L’Etat indien a alors déclaré illégal la commercialisation des graines qui ne seraient pas inscrites au catalogue officiel. Parallèlement, les multinationales de la semence brevetée se sont saisies de ce marché en organisant une propagande de grande ampleur, soutenue par l’Etat, pour vanter les bienfaits des OGM par rapport aux anciennes graines traditionnelles.
Ayant pris conscience de ce stratagème lucratif visant l’appropriation des semences par les maîtres de la chimie et du génie génétique, Vandana Shiva a fait le choix de la résistance, radicale et constructive, par un engagement sans relâche en faveur des semences paysannes, des pratiques agricoles traditionnelles et pour le développement de l’agroécologie. Elle a organisé un vaste mouvement de désobéissance et de non coopération visant la multiplication et la distribution des graines traditionnelles non autorisées par le gouvernement et les grands semenciers. A travers l’association Navdanya, Vandana Shiva a créé pas moins de 120 banques de graines à travers toute l’Inde. Les paysans peuvent venir s’y approvisionner gratuitement en semences paysannes, devenues introuvables ailleurs, en s’engageant à ramener à la banque une part des graines qu’ils auront sélectionnées dans leurs récoltes suivantes pour être redistribuées à d’autres.
Navdanya a aussi créé une université des graines et de la Terre, véritable sanctuaire de la biodiversité pour les arbres, les oiseaux, les insectes et les microorganismes du sol. Ce centre agroécologique permet le maintien en culture vivante de plus de 1500 variétés de semences menacées. La pédagogie de l’université est d’apprendre les fondements du vivant à partir de la biodiversité et du dynamisme de la nature elle-même.
Se référant à Gandhi, Vandana Shiva n’a cessé d’allier l’action non-violente directe et la construction d’alternatives concrètes, comme les deux faces d’un même engagement. La désobéissance s’allie avec la créativité. Le local s’articule avec l’international. L’action de terrain est la base permettant de faire changer les lois et les esprits au niveau des institutions nationales indiennes et des instances internationales. La pédagogie et la diplomatie s’associent aux actions directes de terrain et aux recours en justice face aux multinationales.
Vandana Shiva est pour nous un exemple fort de cette écologie du Sud, où la critique radicale des systèmes d’exploitation, des stratégies criminelles des multinationales, et des soutiens inacceptables des Etats, va de pair avec la défense de la Terre mère, de l’agriculture paysanne, traditionnelle et biologique.
C’est bien cette forme d’engagement écologique radical que nous souhaitons voir émerger sur tous les continents, en lien les uns avec les autres, au Nord comme au Sud.