REPUBLIQUES VILLAGEOISES du SRI LANKA

L’exemple de Sarvodaya Shramadana

Le Sri Lanka est un pays économiquement pauvre. Si, durant les dernières décennies, l’industrialisation a permis d’augmenter les revenus dans les villes pour une classe supérieure, la qualité de vie dans les zones rurales ne s’est pas vraiment améliorée. Dans le secteur de l’agriculture, de nombreuses personnes continuent à vivre en dessous du seuil de pauvreté. De plus, la guerre civile ravage le pays depuis 1983. Elle a fait au moins 60000 morts, principalement parmi les civils. Plus d’un million de personnes est aujourd’hui réfugié pour avoir fui la misère et les conflits.
Pour lutter contre cette situation extrême, le mouvement Sarvodaya, inspiré par les principes de Gandhi et du bouddhisme, a choisi de s’engager auprès des personnes de tout âge et de toute origine, au niveau des villages. Pour Sarvodaya, les villages sont aujourd’hui le seul espace de vie pouvant permettre une réelle reconstruction sociale et humaine pour les populations meurtries du Sri Lanka.
C’est donc en pleine guerre civile que ce mouvement est né il y a plus de 50 ans. Il mobilise aujourd’hui 15000 villages, sur les 34000 existant au Sri Lanka.
Le mouvement souhaite initier une transformation sociale globale et non-violente de la société. Le « gram swaraj » de Gandhi impliquant le développement des républiques villageoises est leur référence et leur objectif. Shramadana Sarvodaya signifie « l’éveil et le don de l’effort ». A la transformation politique et économique qu’il promeut, il associe la transformation intérieure de chacun.
Des milliers de volontaires, formés par le mouvement ou voulant partager leur expérience, vont dans les autres villages pour motiver les gens à s’organiser et répondre par eux-mêmes à leurs besoins essentiels : approvisionnement en eau potable, logement simple et système d’assainissement satisfaisant, alimentation saine et équilibrée, accès à la santé, équipements simples de communication et développement de moyens de production énergétique accessible à tous, éducation dès le plus jeune âge (selon des méthodes pédagogiques centrées sur le bien être et le bien vivre) et soutien à l’épanouissement spirituel et culturel.
Des programmes de développement sont organisés par le mouvement Sarvodaya en direction de tous les villages. Ces programmes concernent : la conservation de la biodiversité et le refus des engrais et des produits agrochimiques, l’accès aux médias et la communication vers l’extérieur, la promotion des technologies permettant un accès facile à l’énergie (énergie solaire, éolienne, pompes à main…), à l’eau potable et au traitement des eaux usées et des déchets. Sarvodaya a aussi mis en place une importante structure de micro-crédits et de développement de banques locales gérées par les habitants.
Tous les habitants participent à la gestion des biens collectifs, à la construction des écoles, des routes, des unités de santé, des entreprises de village… Associée à la méditation, à la formation à la résolution non-violente de conflits et à la culture du bien vivre ensemble, la mobilisation sociale et l’autonomisation économique sont valorisées comme chemin d’émancipation des personnes vers un bien-être collectif.
Au début des années 1990, Sarvodaya s’est développé en dépit du harcèlement par le gouvernement et de la violence politique. Le mouvement est aujourd’hui reconnu pour son action de consolidation de la paix et de résolution juste des conflits. Il est très impliqué dans les zones encore en confrontation. Sarvodaya est particulièrement engagé contre les violences et ses conséquences, et pour la restauration des personnes blessées, mutilées ou fragilisées par les conflits.
Au delà de l’autonomie souhaitée pour chaque village, la solidarité entre eux se développe. En dehors de toute recherche de profit, les villages pouvant produire plus que ce dont ils ont besoin pour vivre simplement, approvisionnent ceux qui se trouvent plus en difficulté. Des petites entreprises sont construites à l’échelle de plusieurs villages pour pouvoir apporter une meilleure qualité de vie à tous. Les villages les plus avancés dans l’auto-gouvernance mettent leurs compétences au service des autres villages.