Mise en oeuvre

Structure et organisation

Au niveau local, nous proposons donc de multiplier les assemblées coopératives de transition sur tous les territoires. Ces instances citoyennes pourront s’organiser sous forme associative ou sous forme coopérative, en SCIC notamment. Constituant ce qui pourrait être des pépinières d’alternatives coopératives, elles auront comme objectif de développer les structures coopératives nécessaires pour répondre localement aux besoins des populations, dans une perspective de transformation écologique et solidaire globale.

Concrètement, ces assemblées rassembleront les personnes et les compétences nécessaires sur leur territoire. Elles évalueront les besoins et les moyens possibles à mobiliser en vue de concrétiser les projets à mettre en œuvre. Expérimentant des pratiques d’élaboration et de fonctionnement participatif, elles soutiendront le développement d’une dynamique créative entre tous les acteurs. Multipliant les initiatives, ces assemblées feront la promotion d’une économie alternative et coopérative fondée sur la mutualisation des moyens, le partage des responsabilités et des salaires et le renoncement à toute logique de profit individuel. Ces orientations seront précisées dans une charte de l’économie de transition qui engagera l’ensemble des acteurs du mouvement.

Au niveau national, un réseau des assemblées coopératives de transition pourrait être constitué en vue d’assurer la coordination des actions des différentes assemblées locales et de mettre en place des outils d’accompagnement, de formation et de mutualisation au service des projets coopératifs de transition. Cette structure fédérative et coopérative, organisée de manière horizontale, pourrait représenter les assemblées et porter leurs projets et leurs revendications auprès des institutions et du grand public.

Parmi les outils de mutualisation, un système de financement des investissements, sans intérêt et au service des projets coopératifs, écologiques et solidaires, pourrait être constitué, en lien avec les organisations déjà engagées dans la finance éthique et citoyenne.

Un système de certification participative garantissant le respect des orientations inscrites dans la charte de l’économie de transition, pourrait aussi permettre de valoriser les engagements écologiques et sociétaux concrétisés dans toutes les initiatives alternatives et coopératives mises en oeuvre ou soutenues par les assemblées.

Initier un système de démocratie alternative

Notre objectif est que les assemblées coopératives de transition deviennent des pépinières d’alternatives économiques autant que des lieux d’expérimentation de démocratie directe et participative dans tous les territoires.

La réappropriation de l’économie par les citoyens serait un moyen concret et efficace pour renforcer le pouvoir des citoyens sur leur environnement et leur secteur de vie.

Les assemblées coopératives de transition fonctionneront selon des modes d’organisation et de décision facilitant l’implication de toutes celles et ceux qui souhaitent s’y engager, avec la volonté d’associer l’ensemble des personnes concernées par les projets et qui se reconnaîtront dans les orientations globales du mouvement.

Dans ces assemblées, tout mandat et toute responsabilité attribuer à une personne ou un groupe de personnes, répondra à un engagement de service de l’intérêt collectif plutôt qu’à un désir ou une fonction de pouvoir. Les questions relatives à la gestion locale des biens communs et des services seront investies avec l’objectif de construire des réponses citoyennes et participatives satisfaisantes sur le plan social et écologique, en dehors de toute logique de profit.

Les assemblées coopératives de transition pourront ainsi s’affirmer comme instances démocratiques spécifiques construisant leur pouvoir citoyen sur l’action collective au service de l’intérêt commun et des populations.

Au niveau local, elles fonctionneront comme des instances citoyennes autonomes, pouvant construire ou non des partenariats avec les institutions officielles. Dans certains contextes locaux, elles pourraient choisir de se présenter comme alternative politique, proposant de gérer la collectivité selon les modes d’organisation et les orientations sociétales qui sont les leurs.

Au niveau régional, national ou international, la fédération coopérative des assemblées locales, organisées en réseau, aura pour fonction de proposer des actions collectives capables de peser sur les décisions institutionnelles, en lien avec les autres acteurs politiques, économiques et sociaux concernés. Cette fédération coopérative serait l’un des acteurs du mouvement citoyen d’action et de résistance face aux dérives du système aujourd’hui dominant. La désobéissance civique non-violente, associée à la mise en oeuvre des alternatives coopératives et économiques, serait promue par le réseau des assemblées coopératives de transition comme moyen d’action et de pression fort au sein de l’ensemble des mobilisations citoyennes émergentes.

S’inspirant des républiques villageoises indiennes, sri lankaises ou kurdes, actrices d’une réappropriation citoyenne, écologique et solidaire de l’économie et des biens communs, les assemblées coopératives de transition pourraient ainsi constituer la base d’un système démocratique alternatif par rapport aux institutions fondées sur la délégation de pouvoir.

S’inscrire dans le mouvement de transition citoyenne

La valorisation des alternatives locales, comme bases d’une transformation économique et sociétale globale, est aujourd’hui mise en avant par nombre d’organisations citoyennes. Nous nous inscrivons logiquement dans cette dynamique plurielle, en choisissant d’en être un acteur solidaire, en synergie avec les autres.

Nous avons déjà évoqué le mouvement des colibris et celui des villes en transition dont nous sommes proches et partenaires.

Nous pensons aussi particulièrement à Alternatiba.

Par l’organisation de « villages des alternatives », festifs et militants, au coeur des villes où il s’implante, Alternatiba se donne pour objectif :

  • de montrer que les alternatives sociales et écologiques existent et qu’elles sont à notre portée, créatrices d’emploi, porteuses d’un monde plus humain, convivial et solidaire ;
  • d’interpeller les dirigeants sur les conséquences dramatiques de l’absence d’un accord international ambitieux, efficace, contraignant et juste sur le climat ;
  • d’appeler les populations à mettre en route, sans plus attendre, la transition sociale, énergétique et écologique nécessaire pour éviter le dérèglement profond et irréversible des mécanismes du climat.

Alternatiba s’est développé dans le but de mettre en valeur les alternatives à l’occasion de la COP 21 à Paris en Décembre 2015.

Avec l’association basque Bizi, Alternatiba a été l’un des acteurs engagés du collectif ANV COP21, organisant une série d’actions 100% non violentes à l’occasion de la conférence de Paris.

Durant l’année 2015, ANV COP21 a coordonné la réquisition de 193 chaises à travers la France dans les banques les plus gourmandes de paradis fiscaux. Il s’agissait d’affirmer par ces actes de désobéissance civique que l’argent de la transition écologique existe bien et qu’il suffirait d’appliquer les lois contre l’évasion fiscale pour le récupérer.

Cette recherche active de complémentarité entre le développement des alternatives et les actions symboliques de désobéissance non-violente face au système qui pousse l’humanité à sa perte nous semble essentielle. Nous partageons pleinement les objectifs d’Alternatiba, de Bizi et d’ANV COP21. Nous souhaitons pouvoir croiser nos chemins et nos engagements, en leur proposant d’intégrer s’ils le souhaitaient nos propositions et moyens de développement des alternatives coopératives au sein de leur propre mobilisation.

D’autres mouvements nourrissent des aspirations communes ou proches des nôtres. Avec les colibris, les villes en transition et Alternatiba, nous les retrouvons notamment parmi les membres du Collectif pour une Transition Citoyenne : La NEF, Terre de Liens, Enercoop, Energie partagée, Biocoop, le mouvement  des AMAP, le réseau Cocagne, les Amis de la Terre, ATTAC et le collectif Roosevelt en font partie et sont parmi les partenaires avec lesquels nous souhaitons construire et partager nos engagements et nos choix d’action concrète.

S’inscrire dans le mouvement altermondialiste

Au niveau international, notre projet rejoint pleinement les orientations du mouvement altermondialiste, dont les grands mouvements du Sud que nous prenons comme référence, sont des acteurs affirmés. La profonde convergence de ce que nous souhaiterions mettre en œuvre, avec leurs actions et leurs orientations, pourrait ouvrir la voie à une unité d’engagement qui pourrait être déterminante.

Notre souhait ambitieux serait de pouvoir multiplier les assemblées coopératives de transition en de multiples lieux, en France, en Europe et au delà, dans une perspective de développement du concept de république des villages, adapté aux sociétés industrialisées et urbaines autant qu’aux sociétés rurales. Avec les républiques villageoises indiennes ou sri lankaises, les assemblées communalistes kurdes, et bien d’autres expériences coopératives en Amérique latine, en Afrique ou ailleurs, les assemblées coopératives de transition, si elles se développaient en nombre, pourraient participer à une stratégie collective de lutte et de construction citoyenne permettant de mener la révolution citoyenne, coopérative et écologique à laquelle nous aimerions participer.

Du local au global

De telles perspectives sont bien éloignées de ce que nous nous sentons en capacité de faire et de construire aujourd’hui. Comment imaginer qu’un tel projet puisse être réalisable à court terme et à une telle échelle ?

Ne serait-il pas plus raisonnable de nous concentrer humblement sur ce que nous connaissons et savons faire, là où nous vivons ? La transformation nécessaire n’est-elle pas déjà en cours ? Pourquoi ne pas simplement l’accueillir et de lui faire confiance, en y participant à notre simple mesure ?

Ces questions sont pertinentes. Mais l’urgence climatique nous pousse à aller au delà et à oser penser une transformation plus volontariste et rapide, que l’humanité serait capable de mener à l’échelle de notre planète.

Les instances politiques et les instituions nationales et internationales semblent incapables de relever le défi. La majorité de nos concitoyens semble déconnectée de cette réalité qui devrait nous mobiliser tous, sans exception. Nos sociétés semblent en panne de projet capable de porter les espoirs au delà des visions à court terme, des peurs et des replis sur soi. Nos propres dépendances au pétrole et au nucléaire, comme nos profondes dépendances au système qui nous mène au chaos, nous paralysent. Nous sommes humains, à égalité avec les autres humains, en grande difficulté pour appréhender l’ampleur des transformations qu’il faudrait mettre en œuvre pour échapper au pire. La conscience de ce qui nous guette est assurément difficile à garder en éveil.

Pourtant, un sursaut s’impose.

Comment pourrions-nous expliquer demain à nos enfants que nous n’avons pas eu le courage de penser l’avenir, ni la force de vouloir changer de système ? Comment leur dire que tout ce que nous imaginions nous semblait impossible à atteindre ? Comment leur avouer que nous avons préféré rester les tristes acteurs et spectateurs de notre propre naufrage ?

A travers ce livre, nous avons rêvé de ce que les humains pourraient inventer et construire pour pouvoir vivre demain, plus heureux que ce qui nous est promis. Nous avons besoin de cette promesse et de ce possible espoir pour nous donner l’élan et la force d’affronter la puissance du système qui nous écrase, et peut être de tenter l’impossible.

Oui, nous pouvons agir localement sans nécessairement rattacher nos actions à un projet plus large, global ou international. Mais le fait « d’agir local en pensant global » nous donne l’énergie nécessaire pour dépasser nos peurs, nos doutes et nos manques d’espérance.

C’est dans cette dynamique que nous choisissons de passer aux ACTES.

Entrer en résistance

Parallèlement à la construction des alternatives coopératives, écologiques et solidaires dans laquelle nous voulons nous engager sur tous les territoires, il nous faut aussi faire face à un autre impératif, plus urgent et plus vital encore.

Si nous voulons contenir le réchauffement climatique en dessous de la barre des 2°C, il nous faut laisser dans le sous sol au moins 80% des réserves encore accessibles en pétrole, gaz de schiste, sables bitumineux et autres gaz et charbons. Le réchauffement climatique, qui s’accélère et menace gravement notre humanité, ne pourra pas être enrayé sans faire barrière à l’exploitation actuelle et future du pétrole, du gaz et du charbon. De la même manière il va nous falloir faire face à la menace nucléaire qui ne peut pas être dissociée de la question des énergies fossiles et du réchauffement climatique.

Cette lutte ne pourra pas être menée sans confrontation avec les intérêts des multinationales dont les profits dépendent massivement de ces énergies.

Les Etats et les instances internationales devraient s’y engager et la COP21 aurait pu être l’occasion de mettre ce mouvement en place. Cela n’a pas été le cas. Les conclusions de la COP21 confirment la renonciation des Etats et des institutions internationales à mettre en oeuvre les contraintes qui pourtant s’imposent. Au contraire, la priorité reste à la multiplication des accords de libre échange dont l’objectif est de protéger les intérêts des investisseurs contre toute velléité de régulation de la part des Etats.

La responsabilité de la lutte contre le réchauffement revient donc à la société civile.

Dans un contexte de déni et de sidération collective et au delà des recours judicaires qui émergent et qu’ils nous faut multiplier, la désobéissance civique semble être notre ultime recours pour réveiller les consciences et organiser l’incontournable bras de fer avec les puissances de l’argent dont les institutions sont devenues les défenseurs.

Coté judiciaire, on peut souligner quelques décisions majeures prises récemment concernant le réchauffement climatique et le nucléaire. Le 24 juin 2015, la justice néerlandaise a condamné l’Etat néerlandais à réduire les émissions de gaz à effet de serre du pays de 25 % par rapport à 1990, d’ici à 2020. Le tribunal a donné raison à la plainte de neuf cents citoyens contre leur gouvernement pour combattre le réchauffement climatique. Le 2 mars 2016, le canton et la ville de Genève ont annoncé porter plainte pour « mise en danger de la vie d’autrui et pollution des eaux » au sujet de la centrale nucléaire française du Bugey, située dans l’Ain, et dont la vétusté est régulièrement décriée par les associations écologistes. Si nous pouvons nous interroger sur ce que de telles actions et décisions de  justice pourront avoir comme retombées réelles et concrètes, il est clair qu’elles représentent un point d’appui essentiel pour la mobilisation citoyenne. Mais elles ne peuvent certainement pas suffire.

D’autres moyens d’action sont indispensables à mettre en oeuvre.

Nous avons déjà évoqué la campagne de réquisition symbolique de chaises dans les banques gourmandes de paradis fiscaux, organisée en préalable à la COP21. Cette campagne, faisant judicieusement le lien entre la lutte pour le climat et la lutte contre les profits illicites de la finance et des multinationales, pourrait être reprise et développée. L’objectif pourrait être de la mener jusqu’à ce que les Etats prennent des engagements déterminants pour combattre les évasions fiscales et investir les sommes considérables que cette évasion représente dans la transition énergétique.

Mais un autre axe se dessine avec force. De nombreuses actions pour l’arrêt de toute exploitation des ressources fossiles s’organisent sur tous les continents. Qu’il s’agisse des actions de blocage du sommet des forages pétroliers en haute mer à Pau en avril 2016 ou de l’organisation du blocage de l’exploitation du charbon lignite en Allemagne près de Berlin en mai, les actions de résistance et d’opposition non violentes se multiplient face à la logique « extractiviste ». Le mois de mai 2016 a été choisi par le collectif international 350.org pour mettre en synergie l’ensemble des actions de blocage non violent organisées à travers la planète en vue de réclamer que le pétrole, le gaz et le charbon non encore extraits restent à jamais dans le sous-sol. Dans les champs de pétrole et de gaz du Nigéria et du Brésil, ou dans les mines de charbon d’Allemagne, du Royaume-Uni et d’Australie, plus de 20 000 personnes feront physiquement barrage aux crimes climatiques organisés.

Ces actions font écho à ce qui se développe partout sur la planète, de l’Inde avec les actions menées par Vandana Shiva, à l’Amérique du Nord avec les actions contre la construction de nouveaux pipelines visant à exporter le pétrole issu des sables bitumineux du Canada. Elles font aussi écho aux multiples mobilisations contre les petits et grands projets inutiles ou climaticides comme celui de Notre Dame des Landes.

L’urgence climatique est en train de devenir le point commun et fédérateur de toutes ces initiatives citoyennes. Et la désobéissance civile non violente devient le fer de lance de l’ensemble de ces mobilisations.

Le réveil est en cours.

Notre souhait est d’y prendre part, en lien et partenariat avec les autres acteurs citoyens partageant les mêmes objectifs. Avec eux, nous souhaitons multiplier les actions non violentes et de désobéissance civique pour le climat, contre les accords de libre échange et contre la toute-puissance des multinationales sur tous les territoires où nous pourrons nous développer.

Faire les premiers pas

Une première assemblée coopérative de transition s’est mise au travail sur notre secteur de l’Ondaine dans la Loire.

Les premiers projets coopératifs se dessinent :

  • coopérative d’activité permettant l’installation des nouveaux agriculteurs bios, avec un démarrage possible au sein d’une petite ferme en transmission sur trois ans,
  • coopérative d’habitat partagé et solidaire, qui pourrait commencer par la réhabilitation de deux petits logements pour l’accueil de familles réfugiées,
  • coopérative de production en énergie renouvelable, en possible partenariat avec une commune du secteur.

La possibilité de constituer une pépinière d’alternatives coopératives locales sous statut SCIC SAS est à l’étude. Cette SCIC pourra permettre de récolter les fonds nécessaires pour mettre en oeuvre et développer les projets évoqués et ceux qui suivront.

Elle pourrait proposer différents accompagnements et mutualiser différents outils de gestion ou de développement au service des projets qu’elle porte ou soutient.

Une autre assemblée coopérative de transition est en cours de constitution dans les Yvelines. Elle s’organise autour de cinq thèmes : se nourrir, se loger, se vêtir, s’informer et se soigner. Elle se donne comme objectif de soutenir les alternatives coopératives, de s’approprier les savoir-faire écologiques et d’agir contre le sous-emploi et le chômage.

A partir de ces premières mises en pratique, nous souhaitons pouvoir commencer à développer des outils de mutualisation des expériences et des compétences, de soutien et d’échange entre assemblées coopératives.

Le développement de ces initiatives sera régulièrement mis à jour sur le site altermonde.coop

 

Pour que la multiplication des alternatives coopératives puisse maintenant prendre l’ampleur nécessaire à une transformation radicale et rapide de nos modes de vie, de travail, de solidarité ou de production, nous invitons toutes celles et ceux qui s’y reconnaîtront à se lancer avec nous dans l’aventure.

 

Bienvenue à vous…