ENTRER EN RESISTANCE

Parallèlement à la construction des alternatives coopératives, écologiques et solidaires dans laquelle nous voulons nous engager sur tous les territoires, il nous faut aussi faire face à un autre impératif, plus urgent et plus vital encore.

Si nous voulons contenir le réchauffement climatique en dessous de la barre des 2°C, il nous faut laisser dans le sous sol au moins 80% des réserves encore accessibles en pétrole, gaz de schiste, sables bitumineux et autres gaz et charbons. Le réchauffement climatique, qui s’accélère et menace gravement notre humanité, ne pourra pas être enrayé sans faire barrière à l’exploitation actuelle et future du pétrole, du gaz et du charbon. De la même manière il va nous falloir faire face à la menace nucléaire qui ne peut pas être dissociée de la question des énergies fossiles et du réchauffement climatique.

Cette lutte ne pourra pas être menée sans confrontation avec les intérêts des multinationales dont les profits dépendent massivement de ces énergies.

Les Etats et les instances internationales devraient s’y engager et la COP21 aurait pu être l’occasion de mettre ce mouvement en place. Cela n’a pas été le cas. Les conclusions de la COP21 confirment la renonciation des Etats et des institutions internationales à mettre en oeuvre les contraintes qui pourtant s’imposent. Au contraire, la priorité reste à la multiplication des accords de libre échange dont l’objectif est de protéger les intérêts des investisseurs contre toute velléité de régulation de la part des Etats.

La responsabilité de la lutte contre le réchauffement revient donc à la société civile.

Dans un contexte de déni et de sidération collective et au delà des recours judicaires qui émergent et qu’ils nous faut multiplier, la désobéissance civique semble être notre ultime recours pour réveiller les consciences et organiser l’incontournable bras de fer avec les puissances de l’argent dont les institutions sont devenues les défenseurs.

Coté judiciaire, on peut souligner quelques décisions majeures prises récemment concernant le réchauffement climatique et le nucléaire. Le 24 juin 2015, la justice néerlandaise a condamné l’Etat néerlandais à réduire les émissions de gaz à effet de serre du pays de 25 % par rapport à 1990, d’ici à 2020. Le tribunal a donné raison à la plainte de neuf cents citoyens contre leur gouvernement pour combattre le réchauffement climatique. Le 2 mars 2016, le canton et la ville de Genève ont annoncé porter plainte pour « mise en danger de la vie d’autrui et pollution des eaux » au sujet de la centrale nucléaire française du Bugey, située dans l’Ain, et dont la vétusté est régulièrement décriée par les associations écologistes. Si nous pouvons nous interroger sur ce que de telles actions et décisions de  justice pourront avoir comme retombées réelles et concrètes, il est clair qu’elles représentent un point d’appui essentiel pour la mobilisation citoyenne. Mais elles ne peuvent certainement pas suffire.

D’autres moyens d’action sont indispensables à mettre en oeuvre.

Nous avons déjà évoqué la campagne de réquisition symbolique de chaises dans les banques gourmandes de paradis fiscaux, organisée en préalable à la COP21. Cette campagne, faisant judicieusement le lien entre la lutte pour le climat et la lutte contre les profits illicites de la finance et des multinationales, pourrait être reprise et développée. L’objectif pourrait être de la mener jusqu’à ce que les Etats prennent des engagements déterminants pour combattre les évasions fiscales et investir les sommes considérables que cette évasion représente dans la transition énergétique.

Mais un autre axe se dessine avec force. De nombreuses actions pour l’arrêt de toute exploitation des ressources fossiles s’organisent sur tous les continents. Qu’il s’agisse des actions de blocage du sommet des forages pétroliers en haute mer à Pau en avril 2016 ou de l’organisation du blocage de l’exploitation du charbon lignite en Allemagne près de Berlin en mai, les actions de résistance et d’opposition non violentes se multiplient face à la logique « extractiviste ». Le mois de mai 2016 a été choisi par le collectif international 350.org pour mettre en synergie l’ensemble des actions de blocage non violent organisées à travers la planète en vue de réclamer que le pétrole, le gaz et le charbon non encore extraits restent à jamais dans le sous-sol. Dans les champs de pétrole et de gaz du Nigéria et du Brésil, ou dans les mines de charbon d’Allemagne, du Royaume-Uni et d’Australie, plus de 20 000 personnes feront physiquement barrage aux crimes climatiques organisés.

Ces actions font écho à ce qui se développe partout sur la planète, de l’Inde avec les actions menées par Vandana Shiva, à l’Amérique du Nord avec les actions contre la construction de nouveaux pipelines visant à exporter le pétrole issu des sables bitumineux du Canada. Elles font aussi écho aux multiples mobilisations contre les petits et grands projets inutiles ou climaticides comme celui de Notre Dame des Landes.

L’urgence climatique est en train de devenir le point commun et fédérateur de toutes ces initiatives citoyennes. Et la désobéissance civile non violente devient le fer de lance de l’ensemble de ces mobilisations.

Le réveil est en cours.

Notre souhait est d’y prendre part, en lien et partenariat avec les autres acteurs citoyens partageant les mêmes objectifs. Avec eux, nous souhaitons multiplier les actions non violentes et de désobéissance civique pour le climat, contre les accords de libre échange et contre la toute-puissance des multinationales sur tous les territoires où nous pourrons nous développer.