L’AGRICULTURE

Pour argumenter nos propositions d’action concrètes visant le développement d’une agriculture paysanne et biologique à la hauteur des enjeux de notre temps, nous proposons de nous appuyer sur les projections faites par Perrine et Charles HERVE-GRUYER de la ferme en permaculture du Bec Hellouin en Normandie. Leur modèle ouvre des perspectives motivantes qui permettraient de répondre aux besoins essentiels de nourriture saine pour tous, en retrouvant le chemin de la sobriété énergétique et de la symbiose avec la nature vivante.

Perspectives en agroécologie

Dans leur livre « Permaculture : guérir la Terre, nourrir les hommes », Perrine et Charles HERVE-GRUYER évaluent, à partir de leur expérience, que 3 à 4 millions de micro fermes, de moins d’un hectare en permaculture devraient permettre de couvrir la totalité des besoins alimentaires d’une population de 70 millions de personnes. 3 à 5 millions d’agriculteurs seraient nécessaires pour y arriver, ce qui correspond au total des actifs agricoles qui travaillaient en France dans les années 60. Notons que cela permettrait à l’ensemble des personnes actuellement au chômage d’accéder à un travail gratifiant au service de tous. De plus, seulement 12 millions d’hectares de terre suffiraient, au lieu de 27 cultivés actuellement. Selon le principe d’agroforesterie développé en permaculture, plus de la moitié des terres cultivées pourraient être plantées d’arbres, produisant notamment des fruits à coque, ce qui amènerait la surface boisée à plus de 23 millions d’hectares contre 16,4 actuellement. Dans une telle perspective, nous pourrions probablement atteindre un bilan carbone positif d’ici 2060.
Plus largement, les micro-fermes pourraient être rassemblées dans des « systèmes agraires solidaires » permettant de valoriser les synergies entre les espèces et les espaces vivants, comme entre l’ensemble des activités agricoles et annexes. Chaque « système agraire solidaire », implanté sur 100 hectares environ, pourrait ainsi faire vivre une trentaine de familles et nourrir près de 1000 personnes. Ces systèmes associeraient de larges espaces forestiers, dont une partie en espace naturel vierge, des prés plantés de fruitiers pour les élevages, des zones de cultures céréalières ou légumineuses et des micro-fermes diversifiées et interactives : maraîchage, apiculture, plantes aromatiques et médicinales, champignons, fleurs, pépinières, production de semences, aquaculture, volailles…
Même s’il s’agit de projections, qui nécessiteraient d’être confrontées avec d’autres études et d’autres données, il semble certain que l’agroécologie et la permaculture sont des choix d’orientation essentiels qui pourraient être soutenus par les assemblées coopératives de transition.
En zone rurale comme en zone urbaine, les avantages semblent multiples, avec une grande productivité et une amélioration de la qualité des aliments, une redynamisation de la biodiversité et une capacité d’adaptation et de résilience aux changements climatiques plus importantes que dans les autres modes de culture.

Le système coopératif au service de l’agroécologie

Les coopératives d’activités, évoquées pour l’artisanat, pourraient être une innovation intéressante pour le développement de nouveaux projets agricoles, en agroécologie notamment, dans le cadre de l’agriculture paysanne. Ce modèle coopératif s’ajouterait aux outils collaboratifs et coopératifs déjà existants en agriculture (GAEC, CUMA, Coopératives agricoles…). Sur des terres qui pourraient être achetées collectivement, éventuellement grâce à des structures telles que la foncière « Terre de liens », les coopératives d’activité agricole pourraient permettre à de nouveaux agriculteurs de concrétiser leurs projets, en s’appuyant sur les services de mutualisation coopérative, avec la possibilité de devenir salariés de la structure. A la différence des GAEC, il n’y a pas nécessité d’apports importants en capital et la taille de la coopérative d’activité permet plus d’autonomie entre ses différents membres. Les coopératives d’activité en SCIC pourraient aussi associer d’autres acteurs que les agriculteurs eux-mêmes. Elles pourraient ainsi développer des orientations plus spécifiques et variées, autour de l’écologie et de la solidarité, de l’agriculture en milieu urbain, d’interaction entre agriculteurs et consommateurs…
A partir de cette base coopérative et de mutualisation des moyens et des services, une multitude de projets pourrait émerger au service de l’intérêt collectif en général et de l’agriculture paysanne, biologique ou agroécologique, en particulier.
Concernant l’agriculture, l’une des actions spécifiques des assemblées coopératives de transition pourrait donc être de multiplier les fermes et les « systèmes agraires solidaires » en permaculture, en constituant des coopératives d’activité agricole répondant à l’ensemble des orientations écologiques, sociales et solidaires que nous souhaitons concrétiser.