L’ARTISANAT ET LE COMMERCE

Les SCOP et les SCIC sont tout à fait adaptées pour la mise en oeuvre d’activités artisanales et commerciales au service de l’intérêt collectif, selon nos orientations spécifiques.
Concernant le commerce comme l’artisanat, le statut SCIC peut être particulièrement utile pour développer des filières de production et de consommation au service de tous, sur un espace géographique donné. Le fonctionnement coopératif en SCIC, rassemblant l’ensemble des acteurs concernés par un même projet, est une opportunité forte pour mettre en oeuvre les objectifs sociaux, écologiques et solidaires que nous défendons. La pluralité des acteurs investis dans le projet peut favoriser l’accueil et l’intégration de personnes en situation précaire, autant que l’engagement dans une démarche de décroissance énergétique. La place importante que peuvent prendre les personnes travaillant dans ces structures, en gestion participative en lien avec les autres associés coopératifs, est aussi un atout pour motiver la création de ce type de structure.
Mêmes les personnes souhaitant créer leur propre activité, de manière indépendante, peuvent bénéficier de structures coopératives leur permettant d’allier autonomie et mutualisation de service, en vue de répondre aux besoins d’un territoire, en dehors de toute logique de profit. En France, à la suite des pépinières d’entreprises, il est en effet possible de créer des « coopératives d’activités » permettant de soutenir les artisans et travailleurs indépendants qui souhaitent développer leur activité dans une dynamique d’échange et d’entraide. Au sein de la coopérative d’activité, dont ils sont les associés, ils bénéficient d’appuis collectifs concernant la gestion, la formation ou la mutualisation de services. De plus, la coopérative d’activité leur permet de devenir salariés de la structure de manière ajustée à leur niveau d’activité et de travail. Ils bénéficient ainsi de l’ensemble des droits et couvertures sociales des salariés et peuvent rompre avec le statut précaire d’indépendant ou d’auto-entrepreneur.
Il est intéressant de noter que plusieurs de ces coopératives d’activité travaillent aujourd’hui sur la rédaction de chartes d’engagements leur permettant de mettre en valeur le travail de leurs membres. La dimension écologique vient naturellement s’inscrire parmi ces orientations prioritaires. La mise en oeuvre d’une certification participative organisée au sein du mouvement de transition, à partir de sa charte et de son cahier des charges, pourrait renforcer cette dynamique.
La création de coopératives d’activités, écologiques et solidaires sans but lucratif, pourrait ainsi être un moyen pertinent pour développer, selon les orientations qui sont les nôtres, un secteur d’activité habituellement investi par des personnes indépendantes. Bon nombre de celles et ceux qui souhaitent créer leur activité pourraient être intéressés par la possibilité de s’inscrire dans cette dynamique collective. Les objectifs écologiques, de mutualisation et de soutien, de bien être dans son travail, de développement du lien social autour de son activité et de réponse aux besoins essentiels des populations sur son territoire pourraient devenir des atouts attrayants pour beaucoup.
Dans cette perspective de mutation coopérative, écologique et solidaire de l’artisanat et du commerce local, au delà de la création de nouvelles entreprises, un des objectifs des assemblées coopératives de transition pourrait aussi être d’accompagner la transformation d’entreprises existantes en coopératives sans finalité lucrative.
L’exemple de Fralib nous montre qu’une telle transformation peut être une opportunité écologique autant que sociale, permettant de re-localiser l’économie et de maintenir ou développer les emplois sur un territoire. En septembre 2010, l’usine de fabrication du thé et tisanes « Eléphant », dans les Bouches du Rhône, appartenant au groupe Unilever et employant plus de 180 salariés, était menacée de fermeture par les actionnaires. Après 1336 jours d’occupation de l’usine, et un an de préparation de la réouverture, une cinquantaine des anciens salariés a pu créer une SCOP pour reprendre l’activité. Ils ont récupéré les machines mais n’ont pas pu garder la marque Eléphant. Aujourd’hui, leur nouveau projet de développement repose sur l’approvisionnement local ou français pour les plantes et arômes 100% naturels, en privilégiant les produits biologiques. BIOCOOP a passé un contrat avec eux pour la marque ScopTI 100% biologique. Les autres produits de la marque « 1336 » seront distribués dans les filières de grande distribution. La coopérative devrait pouvoir embaucher rapidement ses 50 coopérateurs en attente d’emploi, avec des prévisions d’élargissement de l’équipe dans les mois qui suivront la reprise totale des activités. Quant à l’écart des salaires, il est aujourd’hui de 1 à 1,30 alors qu’il était de 1 à 210 sous l’égide d’Unilever.
Comme pour Fralib, les reprises d’entreprise en SCOP font souvent suite à des projets de fermeture et des luttes parfois longues et difficiles. Mais d’autres exemples sont des projets négociés. En France, les départs à la retraite des patrons de PME devraient se multiplier dans les années à venir. Bon nombre de petites et moyennes entreprises sont ainsi menacées de disparition en absence d’investisseur prêt à les racheter. Les possibilités de reprises par les salariés devraient donc devenir de plus en plus courantes. La loi ESS de 2014 a d’ailleurs prévu de faciliter ce type de reprises en SCOP, en prévoyant une période de transition avant que les salariés ne puissent racheter l’ensemble du capital.
Cette opportunité de reprise coopérative des entreprises à l’occasion d’un départ en retraite du dirigeant nous semble donc importante à prendre en considération dans notre perspective de réappropriation citoyenne, écologique et solidaire de l’économie locale.