L’INDUSTRIE et LA RECHERCHE

L’artisanat, l’agriculture et le commerce, réunis dans une dynamique coopérative au service d’un territoire, pourraient ne pas pouvoir répondre à tous les besoins. Certains produits et certains outils, nécessaires au bien commun et au fonctionnement des entreprises socialement et écologiquement utiles, devront être fabriqués par des entreprises de dimension industrielle. Dans une perspective de changement de modèle économique, la question de la gestion d’une production industrielle nécessaire, avec des critères sociaux et écologiques rigoureux, est donc incontournable.
Sur le plan de la structure, rien ne s’oppose à ce que de telles entreprises fonctionnent dans un cadre coopératif. Aujourd’hui en France, l’industrie rassemble de nombreuses sociétés coopératives et participatives (SCOP). Certaines de ces Scop font figure d’exemples par leur réussite. C’est le cas d’Acome, Scop spécialisée dans les solutions de câblage pour la transmission de l’information, de l’énergie et des fluides, qui réalise un chiffre d’affaires de 359 millions d’euros. On peut aussi citer la performance du groupe Sopelec, société orléanaise spécialisée dans l’électronique, aujourd’hui deuxième au classement des Scop par chiffre d’affaires établi par la fédération des Scop de l’industrie. La fédération des Scop de l’industrie a été créée en 1981. Elle recense aujourd’hui 291 Scop qui exercent des activités aussi variées que la métallurgie, la plasturgie, l’agroalimentaire, la transformation du bois ou encore le textile. Sur l’année 2011, la fédération note que ses adhérents réunis réalisent un chiffre d’affaires d’environ 1 milliard d’euros, dont un peu plus de 200.000 millions d’euros à l’export. Ils emploient 7.320 salariés, dont 5.204 sont associés.
Ces exemples nous permettent d’imaginer, de manière réaliste, une possible gestion coopérative des activités industrielles nécessaires à la collectivité, dans l’intérêt collectif et sans but lucratif.
Pour autant, la question des moyens à mobiliser pour permettre une telle réappropriation citoyenne du secteur industriel, même réduit au strict nécessaire, oblige à inscrire cet objectif dans une perspective plus globale, dépassant le seul champ d’action des assemblées coopératives sur leurs territoires respectifs. Nous proposons d’aborder cette question des moyens dans le chapitre suivant concernant la finance.
Une telle reprise en main citoyenne de l’industrie, et sa réorientation au service de l’intérêt collectif dans une perspective de transition, renvoie aussi à des questions écologiques assurément complexes. Même en réduisant le secteur industriel au minimum nécessaire, et en le retirant des enjeux lucratifs et de profit, il reste impératif de trouver des solutions plus satisfaisantes aux questions d’énergie, de consommation de matières premières, ou de rejet de produits toxiques. Ces solutions ne peuvent être élaborées et mises en oeuvre qu’avec l’apport d’un service de recherche performant, spécialement orienté dans ce sens.
Aujourd’hui, un des problèmes de la recherche, même dans les laboratoires publics du CNRS et de l’INSERM en France, est la récupération des fruits du géni des chercheurs au profit des entreprises privées. Que les résultats d’études soient publiés et mis dans l’espace public, ou qu’ils soient brevetés et vendus aux entreprises, leur utilisation fait toujours l’objet d’investissements privés, achetant les procédés et visant le retour en bénéfice pour les actionnaires.
Un des objectifs particuliers des assemblées coopératives de transition, dans une perspective d’action commune d’ampleur au niveau national, pourrait donc être de garantir que les fruits de la recherche publique, utiles à l’intérêt collectif et aux orientations de transition qui sont les nôtres, ne puissent pas être récupérés au profit des chasseurs de dividendes. Une des options qui pourrait être étudiée serait de constituer une structure coopérative nationale, partenaire des instituts de recherche publics, permettant de breveter les découvertes d’intérêt général en leur garantissant de rester au service des besoins collectifs, écologiques et solidaires. Notons qu’une telle option pourrait redonner de la motivation aux chercheurs, en les dégageant de l’emprise grandissante du secteur privé et de la pression des enjeux financiers sur leur travail.
Quoi qu’il en soit, il apparaît clairement que la réappropriation citoyenne des productions industrielles nécessaires, comme celle de la recherche au service de l’intérêt collectif de transition, ne peut pas être un objectif à court terme. Cela ne peut s’inscrire que dans une perspective de développement important des assemblées coopératives de transition, permettant de constituer une force d’action à grande échelle, autant qu’un système alternatif de financement à la hauteur de nos besoins.